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Maylis, 18 ans, adjointe de sécurité (ADS) en formation à l’École de police de Nîmes

Maylis, 18 ans, adjointe de sécurité (ADS) en formation à l'École de police de Nîmes

« Tu dois faire des études » disaient mes parents. Mais moi, rester assise sur une chaise en bois à écouter un professeur parler, ça ne m’emballait pas spécialement. Je voulais découvrir la vie active, et vite.

C’est comme ça que je me suis retrouvée un jour d’été à appeler la préfecture pour trouver le fameux dossier intitulé « ADS, Police nationale ». La Police était pour moi comme un choix logique : un père gendarme, un grand père gendarme, une soeur ex-gendarme adjoint. Je cassais un peu la branche « militaire » de la famille pour me lancer dans une voie qui me paraissait moins « carrée ».

J’avais besoin de bouger, de rencontrer des gens, d’appliquer des règles, de comprendre le monde dans lequel je vivais. Et la police m’offrait tout ça. Tout est allé très vite de mon côté, malgré les réticences maternelles.

J’ai rempli mon dossier, âge, maladies, problèmes notoires. Et en septembre me voilà convoquée pour passer un test écrit. Devant la salle, on était bien une soixantaine de candidats, certains avaient tenté d’autres concours sans jamais les réussir, d’autres étaient là en « touristes », tongs et tee-shirt informes. Une foule de personnes d’une vingtaine d’années et plus. Je regardais les gens en me demandant ce que certains faisaient là.

Quand je me suis retrouvée devant la feuille de questionnaire, et la photo à décrire en dix lignes, je me suis aussi demandée ce que je faisais là ! Tout avait l’air tellement simple ! Pourtant, mon voisin de droite eu beaucoup de mal à comprendre le sens des questions. Je découvrais un monde nouveau : le monde des chercheurs d’emploi. J’ai passé l’oral une dizaine de jours plus tard.

Première de l’alphabet, première à passer. Deux filles sur dix candidats concernant mon groupe. D’habitude d’apparence originale, j’étais rentrée dans le classicisme de la fonction. Jupe droite, chemisier noir, petites chaussures noires et grand sourire. Neutre.

J’étais arrivée une heure avant, et en attendant que les portes de la préfecture s’ouvrent, un SDF était venu m’aborder pour me dire que ma bonne étoile me porterait chance aujourd’hui.

« Mademoiselle, c’est à vous ». Direction la fosse aux lions. Neuf paires d’yeux tournées vers moi, l’air sévère, l’air parfois absent. Neuf personnes pour me juger et au final un entretien de 10 minutes sur le fait que je choisisse la police plutôt que la gendarmerie. Ah. Bonne journée Messieurs Dames (oui, la psy était une femme qui notait absolument tout ce que je leur disais, « vous n’avez que 18 ans Mademoiselle, faites donc des études ».)

Deux heures plus tard, un appel. J’avais réussi l’entretien, je devais prendre rendez-vous avec les RG puis la visite médicale. Sûrement la chose qui me stressait le plus. J’avais toujours eu une sainte horreur des docteurs, de leurs lunettes et leur blouse blanche.

Bâtiment P, pour les RG, deuxième étage d’un bâtiment vétuste, voir délabré. Et presque vide. Deux heures d’attente, pour finalement entrer dans un bureau avec un homme qui sent bon le café chaud.

Une multitude de questions sur ma vie, mes soeurs, mes études, mes loisirs, mon passé. On m’avait dit de dire le moins de choses possible sur moi, c’est chose faite quand je retrouve l’air libre une demi-heure plus tard. J’ai évité les pièges.

Ne reste plus que la visite médicale et là, je ne suis absolument pas rassurée. Je prends donc rendez-vous, me retrouve dans une salle d’attente dans laquelle je reconnais un candidat que j’avais vu à l’écrit.

Peu bavard le garçon, mais plein de bonhomie. Il y a aussi, assis là, un flic déjà en fonction qui me raconte son quotidien au sein de la boîte. Puis vient mon tour, le pipi dans le gobelet. « Buvez un litre d’eau ça viendra plus vite ». Effectivement. Pas de drogue, on continue. « Bonjour Mademoiselle, vous êtes grosse ». Ah merci, bonjour à vous aussi docteur, c’est une belle journée n’est-ce pas ?

Se retrouver en boxer - soutien-gorge dans un cabinet de médecin n’est pas chose aisée, mais chose détestable. Le poids, les oreilles, la souplesse : « vous êtes souple quand même malgré votre embonpoint ». Oui, je sais merci. Je me tais et accomplis tous les exercices demandés.

« Vous êtes tatouée Mademoiselle, c’est embarrassant ». Alors on mesure le tatouage, on prend des photos. De candidate ADS, je deviens bête de foire. Je lui rétorque que sous une chemise ça ne se voit pas, et que même s’il pense le contraire, les gens tatoués ne sont pas des énergumènes indignes de confiance, et qu’il y a des gens tatoués dans la police et la gendarmerie. Là, je me dis que c’est bon, mon parcours s’arrête ici, dans la salle blanche d’un médecin.

Retour aux études, à la fac de droit, la vie d’étudiante et l’ennui qui me ronge chaque jour un peu plus.

Coup de théâtre quelques jours après. Un appel du ministère, la boule au ventre qui revient et une voix joviale au bout du fil pour me demander si je suis libre le 1er décembre pour rentrer à l’école de police de Nîmes. Sans réfléchir, la réponse est OUI bien sûr !