Mélinda, 46 ans, professeure devenue chef d’établissement pendant 13 ans

Mélinda, 46 ans, professeure devenue chef d'établissement pendant 13 ans

Après avoir enseigné l’allemand pendant 10 ans, Mélinda a passé le concours de personnel de direction. Elle a exercé ces nouvelles fonctions pendant 13 ans avant de choisir de retrouver l’enseignement. Elle raconte son parcours.

J’ai enseigné l’allemand de 1995 à 2005. Mon premier poste fut à cheval sur trois collèges dans la ville du Havre, très loin de chez moi puisqu’originaire du Maine-et-Loire (j’ai fait mes études d’allemand à Angers, et mon stage à Nantes). Parmi mes trois collèges, j’ai enseigné en « zone sensible », les REP+ d’autrefois, dans une cité d’un quartier extrêmement défavorisé.

Le travail du principal et du CPE dans ce genre de lieu me fascinait, je me sentais à l’étroit dans ma fonction, en manque de relations avec les familles, le quartier, les associations, etc. La matière ne me permettait pas non plus d’être professeure principale, le statut de remplaçante rendait l’intégration dans les équipes et les projets compliquée…

2 ans après mon arrivée sur le poste, j’ai déjà songé à faire fonction de principale adjointe, souhait que j’ai renouvelé en 2002 d’ailleurs, après avoir muté sur Rouen pour raisons familiales.

J’ai attendu 2003 pour découvrir la fonction de direction en faisant fonction d’adjointe pour 6 mois. J’ai compris que l’aspect beaucoup plus polyvalent de cette fonction m’attirait, et j’ai donc décidé de préparer le concours de direction pour entrer dans le métier par la grande porte, et bénéficier des deux ans de formation des personnels de direction stagiaires à l’époque.

J’ai préparé le concours de direction en 2004-2005, sur mon temps libre, parallèlement à mon métier d’enseignante en lycée. J’ai assisté à la préparation proposée par l’académie de Rouen les mercredis après-midi à l’époque. Je travaillais le concours chez moi tous les weekends.

Cette préparation était chapeautée par un personnel de direction et un CPE ancien psychologue, ce fut une aide très efficace, notre groupe eut cette année-là beaucoup de reçus dont la première nationale, et je fus moi-même 5e nationale sur plus de 600 reçus.

Après avoir été déclarée admissible sur dossier, j’ai été convoquée pour une épreuve orale d’étude de cas à Paris. La difficulté de cet oral était de se positionner en chef alors que j’étais encore enseignante en exercice. J’en garde toutefois un très bon souvenir, même si quelques membres du jury font tout pour vous déstabiliser. C’est le jeu.

Pour réussir ce concours, je conseille d’avoir fait fonction, d’avoir côtoyé de près la direction de son établissement en tant qu’enseignant et de s’être impliqué dans l’établissement. Enfin, si on peut ajouter quelques stages en observation et quelques bonnes lectures de gens du terrain, c’est parfait.

À la rentrée suivant ma réussite au concours, j’ai démarré comme stagiaire dans un collège semi-rural à 40 minutes de chez moi. Mon binôme, le chef d’établissement, fut un excellent formateur pour moi, à tous points de vue : technique, humain etc. Notre collaboration a duré deux ans et m’a permis, en parallèle du stage, de vivre un début de carrière paisible et riche, me sentant épaulée, mais aussi ayant le privilège d’avoir l’autonomie nécessaire pour être en charge de projets. En plus de mon chef d’établissement, un autre était mon tuteur, et je participais aussi des séances d’analyse de pratique entre pairs, ce qui nous aidait beaucoup en cas de difficultés.

Pendant ces 2 années de stage, j’allais régulièrement en formation deux à trois jours par semaine, ce qui oblige le chef d’établissement formateur à compenser beaucoup. Je devais rédiger un mémoire sur un dossier en responsabilité, j’ai aussi été inspectée par un IPR EVS (inspecteurs pédagogique régional - établissements et vie scolaire) pour la validation. Cette période était un peu infantilisante parfois, car nous étions en exercice et on ne nous parlait pas comme à des titulaires…

Un conseil que je donnerais est d’arriver à faire abstraction de la personnalité de son binôme, avec lequel on est en étroite collaboration 10 à 12 heures par jour, et envers lequel notre hiérarchie attend que nous soyons toujours et totalement loyaux. L’alchimie n’est pas toujours au rendez-vous, et le partage du territoire et des dossiers est parfois un exercice délicat.

L’autre difficulté est bien sûr la tentation de développer plus d’affinités avec certains enseignants que d’autres et de s’attirer ainsi des inimitiés. Même si des enseignants collaborent davantage avec la direction, et sont des personnalités plus simples à gérer que d’autres, on doit travailler avec tous, et impulser des projets avec les équipes, quelles que soient les affinités.

Les autres partenaires – les parents d’élèves, les élus locaux, la hiérarchie – sont aussi à prendre en compte au quotidien, sans oublier les élèves, bien sûr, qu’il faut connaître sans les côtoyer dans les classes.

En conclusion, je dirais que la fonction de direction repose sur la gestion de l’humain, mais aussi la gestion du stress, du travail dans l’urgence, la capacités à s’adapter aussi aux réformes en n’omettant jamais son obligation de réserve, à la technique informatique qui évolue. Il faut une bonne condition physique, les journées sont longues, mais très variées.

C’est un métier chronophage, et très polyvalent. C’est tout sauf un travail tranquille, et on ne doit surtout pas passer ce concours pour « fuir la classe », mais on doit également se demander si on est vraiment prêt à faire le deuil de l’enseignement. L’enseignant appartient à un corps, comme le personnel de direction, mais la différence est que le personnel de direction est le seul représentant de son corps dans son établissement, alors que les enseignants sont en groupe, ce qui génère souvent, surtout en zone rurale, ou dans les collèges de petite taille où il n’y a pas d’adjoint, une sensation d’isolement.

C’est pourquoi j’ai souhaité, après cette expérience de direction d’établissement, enseigner à nouveau et retrouver ma place dans la classe, auprès des élèves : je suis, depuis la rentrée dernière, détachée dans le corps des enseignants et je vais y demander mon intégration en 2019.

Si vous êtes prêt à passer à une autre dimension, à endosser une responsabilité totale, et à opérer cette « mue » vers un nouveau corps administratif, alors les conditions requises sont en place pour embrasser une nouvelle carrière très variée, où on ne s’ennuie pas ! Des possibilités d’évolutions vers d’autres corps d’encadrement d’autres fonctions publiques ou vers les corps d’inspection s’ouvrent ensuite à vous, ce qui offre encore d’autres perspectives professionnelles.


Retrouvez d’autres témoignages d’agents publics qui ont réussi leur projet de mobilité professionnelle.

Ailleurs sur le web